Retraité québécois savourant un café sur une plage tropicale, passeport canadien et portable à ses côtés
Guide · 24 août 2026

Quitter le Canada et le Québec : éviter les mauvaises surprises fiscales

Renseignements pour les particuliers qui quittent le Canada et le Québec pour s'établir dans un autre pays et qui sont considérés émigrants aux fins de l'impôt.

Soleil, sable et… impôts ? Vous avez travaillé fort pendant des décennies, garni votre bas de laine, et vous rêvez maintenant de siroter un café sur un balcon en Méditerranée plutôt que de gratter votre auto à -20 °C. Pour bien des retraités québécois, s'expatrier est le projet de retraite par excellence.

Mais avant de réserver le billet aller simple, il y a un éléphant dans la pièce : l'Agence du revenu du Canada (ARC) et Revenu Québec. Quitter le Québec ne signifie pas automatiquement que vous cessez de payer de l'impôt au pays — et partir à l'étranger peut déclencher certains des événements fiscaux les plus complexes de votre vie.

1. Couper les ponts : êtes-vous vraiment un « non-résident » ?

Ni l'ARC ni Revenu Québec ne vous permettent de vous déclarer non-résident simplement parce que vous en avez le goût. Vous devez couper vos liens de résidence avec le Canada et, plus spécifiquement, avec le Québec. Le fisc évalue deux types de liens :

  • Liens primaires : posséder une habitation au Québec disponible pour votre usage, ou avoir un conjoint (de fait ou marié) et des personnes à charge qui y demeurent.
  • Liens secondaires : conserver votre permis de conduire de la SAAQ, maintenir votre carte d'assurance maladie, garder des comptes bancaires personnels au Québec, ou conserver des liens sociaux et économiques forts dans la province.

À retenir : si vous gardez un condo à Montréal ou dans Charlevoix disponible pour vos vacances, Revenu Québec et l'ARC vous considéreront probablement toujours comme résident de fait — donc imposable sur vos revenus mondiaux. Pour devenir non-résident, il faut généralement vendre ou louer votre résidence principale à des tiers et réduire significativement vos liens secondaires.

2. Le double « impôt de départ » (disposition réputée)

Si vous réussissez à couper vos liens, vous serez frappé par l'impôt de départ. Et attention : il y en a deux, un fédéral et un provincial. À l'émigration, l'ARC et Revenu Québec présument que vous avez vendu tous vos biens à leur juste valeur marchande (JVM) à la date du départ, même si vous n'avez rien vendu.

  • Si vos biens ont pris de la valeur, vous déclarez le gain en capital dans vos déclarations finales fédérale et provinciale, et payez l'impôt.
  • Si vos biens ont perdu de la valeur, vous pouvez réclamer une perte en capital.

Ce qui est exclu de l'impôt de départ

  • Les biens immobiliers canadiens, y compris votre résidence principale (généralement exempte grâce à l'exemption pour résidence principale).
  • Vos REER, FERR et CELI.
  • Vos droits à pension canadiens et québécois (RPC / RRQ).

Note : bien que l'immobilier canadien ne soit pas imposé au départ, vous devrez tout de même payer l'impôt sur les gains en capital au Canada (et subir la retenue provinciale) lorsque vous le vendrez comme non-résident.

3. Que deviennent vos comptes de retraite ?

REER et FERR

Vos REER et FERR ne sont pas assujettis à l'impôt de départ. Cependant, dès que vous en retirez des fonds comme non-résident, l'ARC et Revenu Québec appliquent des retenues à la source.

Retenues à la source applicables aux non-résidents
Type de revenuRetenue
REER / FERR — taux fédéral par défaut25 %
REER / FERR — pays avec convention fiscalesouvent 15 %, parfois moins pour les paiements périodiques
Retenue provinciale du Québecs'ajoute, harmonisée aux taux réduits par traité
RRQ / RPCretenue fédérale et provinciale, souvent réduite à 15 %
Sécurité de la vieillesse (SV)retenue à la source, réductible par traité, sans clawback

Le piège du CELI

Le CELI est une merveille au Québec, mais il peut devenir un cauchemar à l'étranger. L'ARC continue de le considérer comme exempt d'impôt, mais votre nouveau pays de résidence ne le reconnaîtra probablement pas. Plusieurs pays, dont les États-Unis, le traitent comme une fiducie étrangère ou un compte de placement imposable : vos gains pourraient être imposés chaque année. Vérifiez toujours le traitement du CELI dans votre pays de destination avant de partir.

4. Les pensions gouvernementales : SV et RRQ

Si vous avez vécu au Canada (et au Québec pour la RRQ) suffisamment longtemps, vous pouvez continuer à recevoir votre Sécurité de la vieillesse (SV) et votre Régime de rentes du Québec (RRQ) en vivant à l'étranger. Mais le fisc veut sa part : ces prestations sont assujetties à des retenues, souvent réduites par convention fiscale.

Le bon côté des choses : comme non-résident, votre SV n'est pas assujettie à l'impôt de récupération (le fameux « clawback »), peu importe le montant de vos revenus mondiaux.

Le truc de pro : le choix en vertu de l'article 217

Si vos revenus de source canadienne sont relativement bas, vous pourriez produire une déclaration fédérale en vertu de l'article 217 de la Loi de l'impôt sur le revenu. Vous serez alors imposé à vos taux marginaux canadiens plutôt qu'au taux forfaitaire de retenue — ce qui peut générer un remboursement. Des règles similaires s'appliquent au provincial.

5. Les exigences spécifiques de Revenu Québec

C'est ici que les Québécois doivent être particulièrement vigilants : Revenu Québec a ses propres règles de départ, qui s'ajoutent à celles de l'ARC.

  • La déclaration finale provinciale : vous devrez produire une déclaration pour l'année du départ (formulaire TP-1028 à l'appui), en indiquant clairement la date d'émigration.
  • L'impôt provincial sur les gains latents : comme au fédéral, le Québec impose un impôt de départ sur certains biens. Les formulaires, les règles de report et les exigences de sûreté diffèrent : si vous reportez le paiement, Revenu Québec peut exiger une garantie financière.
  • La carte d'assurance maladie : vous avez l'obligation légale d'aviser les autorités de votre départ pour faire annuler votre carte. La garder et l'utiliser lors de visites peut mener à une accusation de fraude, au remboursement des soins reçus et à la perte de votre statut de non-résident.

6. La magie des conventions fiscales

La plus grande crainte des expatriés est la double imposition : payer de l'impôt au Canada/Québec, puis de nouveau dans son nouveau pays. Le Canada a des conventions fiscales avec plus de 90 pays. Ces traités déterminent quel pays a le droit principal d'imposer chaque type de revenu (pensions, dividendes, gains en capital) et permettent de réclamer des crédits pour impôt étranger.

Attention : les conventions fiscales sont d'une complexité redoutable. Celle entre le Canada et les États-Unis, par exemple, a des règles très spécifiques sur les REER qui diffèrent de celles des conventions avec la France ou le Portugal. Il faut aussi s'assurer que les règles fédérales s'appliquent correctement au niveau provincial.

Votre liste de vérification pour l'expatriation

Si vous êtes sérieux à l'idée de prendre votre retraite à l'étranger, n'essayez pas de faire cavalier seul avec votre fiscalité : les pénalités en cas d'erreur sont salées.

  1. 1. Engagez un fiscaliste transfrontalier

    Un CPA spécialisé en fiscalité internationale qui maîtrise à la fois les règles de l'ARC, celles de Revenu Québec et les lois de votre pays de destination.

  2. 2. Calculez votre double impôt de départ

    Faites évaluer vos biens par des professionnels pour connaître vos taxes de sortie fédérale et provinciale, et prévoir les liquidités nécessaires.

  3. 3. Révisez votre portefeuille

    Réorientez vos placements pour qu'ils soient efficaces pour un non-résident, par exemple en minimisant les dividendes canadiens, lourdement imposés.

  4. 4. Avisez les autorités fiscales

    Remplissez le formulaire NR73 de l'ARC (détermination du statut de résidence) et avisez officiellement Revenu Québec de votre changement de statut et de votre adresse.

  5. 5. Mettez à jour votre plan successoral

    Testaments québécois et étrangers ne s'harmonisent pas toujours, et les règles de disposition au décès s'appliquent différemment aux non-résidents.

Et votre couverture santé une fois parti ?

Annuler votre carte d'assurance maladie du Québec fait partie du processus pour devenir non-résident — mais cela vous laisse sans protection publique dès votre départ. C'est là qu'une assurance santé pour expatriés québécois devient essentielle : soins médicaux à l'étranger, hospitalisation, évacuation et couverture lors de vos retours au Canada. Nous comparons gratuitement les régimes offerts et vous aidons à choisir la bonne franchise.

Deux fiscs

ARC et Revenu Québec appliquent chacun leur impôt de départ.

REER, FERR, CELI

Exclus du départ, mais retenues et traitement étranger à surveiller.

90+ conventions

Les traités fiscaux limitent la double imposition.

Questions fréquentes sur l'émigration et l'impôt

Quand devient-on non-résident du Canada aux fins de l'impôt ?

Lorsque vous avez rompu vos liens de résidence importants : logement au Québec disponible pour votre usage, conjoint et personnes à charge demeurant au pays, ainsi que les liens secondaires (permis de conduire SAAQ, carte d'assurance maladie, comptes bancaires personnels, liens sociaux et économiques). L'ARC et Revenu Québec évaluent l'ensemble de votre situation, pas un seul critère.

Qu'est-ce que l'impôt de départ et à quels biens s'applique-t-il ?

À l'émigration, l'ARC et Revenu Québec présument que vous avez disposé de vos biens à leur juste valeur marchande à la date du départ (disposition réputée). Le gain en capital latent devient imposable dans vos déclarations finales fédérale et provinciale, même si aucune vente n'a eu lieu.

Mes REER, FERR et CELI sont-ils touchés par l'impôt de départ ?

Non. Les REER, FERR, CELI, les biens immobiliers canadiens et vos droits à pension RPC/RRQ sont exclus de la disposition réputée. En revanche, les retraits de REER ou de FERR faits comme non-résident sont assujettis à des retenues à la source, et l'immobilier canadien reste imposable lors de sa vente éventuelle.

Quel taux de retenue s'applique à mes retraits de REER ou FERR ?

Le taux fédéral par défaut est de 25 %, auquel s'ajoute une retenue provinciale du Québec. Si votre nouveau pays a une convention fiscale avec le Canada (États-Unis, France, plupart des pays européens), le taux fédéral est souvent réduit à 15 %, parfois moins pour les paiements périodiques.

Mon CELI reste-t-il à l'abri de l'impôt à l'étranger ?

Au Canada, oui. Mais plusieurs pays, dont les États-Unis, ne reconnaissent pas le CELI comme un compte de retraite à l'abri de l'impôt : il peut être traité comme une fiducie étrangère ou un compte de placement imposable, et les gains annuels peuvent être imposés dans votre nouveau pays.

Vais-je continuer à recevoir la Sécurité de la vieillesse et la RRQ à l'étranger ?

Oui, si vous remplissez les conditions de résidence. Ces prestations sont assujetties à des retenues à la source (souvent réduites à 15 % par convention fiscale). Bon côté : comme non-résident, votre SV n'est pas assujettie à l'impôt de récupération (« clawback »).

Que dois-je faire avec ma carte d'assurance maladie du Québec ?

Vous avez l'obligation d'aviser les autorités de votre départ à l'étranger et de faire annuler votre carte. La conserver et l'utiliser lors de visites peut mener à une accusation de fraude, au remboursement des soins reçus et à la remise en question de votre statut de non-résident.

Comment éviter la double imposition ?

Le Canada a des conventions fiscales avec plus de 90 pays. Elles déterminent quel pays impose chaque type de revenu et permettent de réclamer des crédits pour impôt étranger dans votre nouveau pays de résidence. Les règles varient beaucoup d'un traité à l'autre : un fiscaliste transfrontalier est essentiel.

Partez bien assuré

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Avis de non-responsabilité : cet article est fourni à titre éducatif seulement et est à jour en date d'août 2026. Les lois fiscales changent et les situations internationales dépendent des circonstances individuelles et des conventions bilatérales applicables. AssuranceBridges n'offre pas de conseils fiscaux : consultez un fiscaliste qualifié en fiscalité internationale avant toute décision concernant votre émigration ou vos comptes de retraite.